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Sur le chemin noir éclairé seulement par une maigre pénombre, distillée avec parcimonie par les rares ouvertures de la paroi rocheuse, Nudd le chat, décédé de fraîche date, avançait à petits pas, comme si au détour de son chemin il pouvait faire irruption un péril capable de le mettre dans une situation plus désastreuse encore. Mais plus d'une fois sous la voûte obscure il dépassa des coudes inquiétants, et à aucun instant ils ne dévoilèrent de belliqueux habitants infernaux. Derrière lui étaient les Sept Vallées destinées au repos éternel des chats, et il lui avait fallu peu de temps pour s'en déclarer lassé, jusqu'à en mourir d'ennui. En ce lieu paisible, à la nuit éternelle poudrée de scintillantes étoiles, les chats à son image parvenus au terme de leurs neuf vies reposaient dans l'attente d'une nouvelle naissance, durant plusieurs éons souvent, car le nombre de ceux devant venir au monde était impressionnant, lui avaient assuré des compagnons de trépas. De bonnes âmes — doux euphémisme — s'étaient émues du sort de Nudd, et lui avaient révélé ceci. Le chat le plus ancien de toutes les Sept Vallés s'appelait Hiérominet et il résidait en une ténébreuse caverne aménagée près d'une chute d'eau, située non loin de là. Il devait avoir parcouru les Enfers en tous sens, à cause de son temps de séjour, et si une solution à son problème existait Hiérominet le Sage ne pouvait l'ignorer, c'était certain. Pour essayer de résoudre son problème — puisqu'il ne pouvait se résoudre à l'idée de devoir attendre dans les Sept Vallées ses prochaines vies, en une ère indéterminée — et pour combattre son ennui Nudd le chat s'était mis en quête de ce mystérieux sage. Quittant son lieu de résidence habituel près d'un arbre à la large ramure, sans prendre garde aux Vahéhuias effrayants traversant de temps à autre les chemins en vaquant à de mystérieuses tâches, Nudd avait franchi successivement la Vallée des Chats en Paix, puis celle des Chats Poltrons avant de trouver la Vallée des Chats Aventureux, celle de la chute d'eau en question. Vous croyez ? |
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Un jour que la Petite Princesse Coeur-de-Pomme et son amie Jezabelle, la tortue au caractère revêche et aux yeux bleus saphir, sur laquelle elle était montée, s'en revenaient d'un lointain voyage et se trouvaient fort lasses, la fatigue finit par s'emparer de la Princesse de manière irrémédiable et elle s'en ouvrit aussitôt à sa compagne aux traits ridés. Cette dernière en dépit de ses récriminations lui suggéra seulement une courte halte, suffisante lui affirma-t-elle pour recouvrer les forces qui lui manquaient. D'ailleurs, l'endroit n'était-il pas plaisant, en vérité ? lui demanda-t-elle. Immédiatement la fillette juchée sur la carapace de l'imposante tortue s'emporta en agitant ses petits poings roses : elle souffla bruyamment en même temps qu'elle descendait sur l'herbe verte du royaume de l'Arkaal, au ciel opalescent éclairé de noires étoiles et au centre duquel flottait un soleil sombre dégageant des flots d'obscure chaleur. La Petite Princesse était aussi menue et ravissante qu'une poupée de porcelaine, avec des traits délicats et pâles à l'éclat marmoréen, des sourcils arqués joliment sous une chevelure brun doré tombant en mèches parfumées sur ses frêles épaules. Elle portait une robe au rose tendre dont l'ourlet de tissu blanc lui arrivait aux mollets, des mocassins de cuir crème piétinant sans remords l'herbe douce qui ployait silencieusement sous elle. |